Publié le dimanche 03 avril 2011 à 11H00
Les élections permettent à tout le marigot des petits faiseurs, militants d'opérette, professionnels associatifs, intermittents de l'indignation, blogueurs de cabinet, anonymes salariés et Machiavel de bistrot, sinon de refaire le monde, du moins de faire beaucoup de bruit et de vent... Sans parler des errements des candidats déclarés ou putatifs, des chikayas de colleurs d'affiches, des litanies d'âneries et d'escroqueries intellectuelles débitées par les Trissotin encartés d'un bord ou de l'autre. Pas un département pour échapper à cette épidémie qui a touché jusqu'aux plus hautes autorités politiques de la nation, avec d'autant plus d'hystérie que le FN avait le vent en poupe.
Pour le PS rémois, la « menace frontiste », qui ne gêne personne quand elle s'exprime à la Région, a tétanisé tout un monde brutalement rappelé aux réalités électorales. Il faut aller sur le terrain, coller des affiches, serrer des mains de toutes qualités, enregistrer les cahiers de doléance, s'intéresser aux gens normaux. Entre les deux tours, surtout sur le IXe canton où un candidat du Front, haut en couleur et doté d'un langage fleuri, avait devancé la candidate officielle, Virginie Coez, adjointe au maire professionnelle, spécialisée « en lutte contre les discriminations », tout le gratin municipal a battu la campagne, au sens propre et au sens figuré. On a même remarqué le Vert galant Stéphane Joly collant de la propagande… Au vu de la photo dont nous disposons, M. Joly avec pot de colle et balai, devant des affiches toutes fraîches du candidat Maillard (FN), semble avoir tourné casaque ! C'est dangereux les images, selon la façon dont elles sont prises ou montées, on peut leur faire dire toute chose et son contraire.
La télé est friande et coutumière de ces petits arrangements avec la réalité. On se souvient des faux barbus de « La Marche du siècle » de Jean-Marie Cavada (Ndlr : devenu depuis ex-UDF, MoDem, Nouveau Centre…), le 12 octobre 1994, un grand moment de désinformation, lors duquel trois jeunes de banlieue ont vu leur image retouchée par l'ajout de barbes virtuelles et présentés comme des « barbus » au sens islamiste du terme… On nous en fourgue un peu tous les jours des manips de cette nature, moins voyantes sans doute, mais avec des séquences arrangées au montage, des prises de vue choisies. C'est ça la rhétorique de l'image, c'est comme la religion, ça paraît bon, mais l'aspect vérité d'évangile n'est là que pour tromper les couillons.
Or donc, comme nous ne donnons pas dans cet exercice, nous précisons que le colleur d'affiches Joly, ne collait pas pour le FN, mais pour sa candidate préférée, adjointe elle aussi, Virginie Coez.
Elle est mignonne Virginie Coez, mais quand même, pour une adjointe anti-discrimination, elle serait bien inspirée de revoir sa conjugaison.
Je ne sais pas si le Bled CM2 ou le Bescherelle (L'art de conjuguer) sont éligibles au remboursement des frais de campagne, mais quand cette élue, applaudie par un peuple en délire, déclare à la face du monde, ou du moins de France 3 Champagne-Ardenne « je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont démobilisés par rapport à la politique, des gens qui n'y croivent plus (sic)… », on comprend le caractère vertigineux de l'abstention.
Pas de chance pour la candidate Coez, son canton était au cœur de l'actualité politique de ce week-end-là, et ses propos aussi, fatalement. La presse devant jouer un rôle pédagogique, nous lui exposerons donc ce en quoi son expression est fautive.
Le verbe en cause est « Croire », et non point « Croiver », il s'agit du IIIe groupe. A la troisième personne du pluriel du présent de l'indicatif, on a donc : « Ils ou elles croient » et non point « ils ou elles croivent ». Mme Coez vous me copierez 100 fois ce verbe à tous les temps et tous les modes… histoire d'en finir avec cette discrimination à l'orthographe.
Dans le genre confusion des genres, une bonne connaissance de Mme Coez s'est un peu fait remarquer en mêlant action éducative et propagande politique. A l'occasion d'une des multiples interviews données sur les médias locaux, es qualité de coordinatrice de la « Semaine contre le racisme », Elodie Lebourcq, de l'« Association rémoise contre les racismes », par ailleurs présidente du Collectif de lutte antifasciste (ex-Ras-le-front), a tenu, dans nos colonnes, des propos politisés à l'encontre du Front National, s'en prenant aux candidats du FN, à leurs idées xénophobes, Marine Le Pen et tutti quanti. En tant que militante du CLA… pourquoi pas, encore que le fait de s'autoproclamer « antifasciste » ne donne pas de certificat de bonne moralité ; le hic, c'est que l'« Association rémoise contre les racismes » rassemble lors de la « Semaine contre le racisme », une tapée d'associations, pas spécialement «engagées» au plan politique, et intervient à ce titre dans les écoles, les maisons de quartier, universités… Et Mme ou Melle Lebourcq, qui figurait en 2008 sur la liste « Alternative citoyenne » conduite par Patrice Perret et soutenue par Olivier Besancenot, alors de la Ligue communiste révolutionnaire, n'a pas à s'exprimer à titre politique dans le cadre de ses interventions en tant que coordinatrice de la « Semaine contre le racisme »… surtout en pleine campagne électorale, quand nombre des associations engagées dans cette action sont subventionnées par la mairie.
Ainsi l'ARCRacismes a perçu 1.600 euros de subvention municipale en 2009. PLus en 2010, selon le site du Comité de lutte antifasciste, décidément bien informé pour n'être point concerné, « le CLA ne perçoit aucune subvention directe ou indirecte. L'ARCR perçoit bien une subvention municipale de 2000 euros pour la coordination et la promotion des initiatives portées par la vingtaine d'organisations rémoises dans le cadre de la Semaine nationale d'éducation contre le racisme. Autant dire que cette somme est bien loin des frais engagés ! Le CLA ne profite aucunement de cette subvention, au contraire nous participons aux financements de la Semaine en payant une adhésion… » C'est mignon.
Une stricte neutralité politique
Tout comme est touchante la déclaration qui suit : « Le CLA n'est pas, non plus, une organisation politique qui cache son nom. C'est une association loi 1901 déclarée en préfecture, qui a pour but d'étudier les causes et les conséquences de la progression de toutes les idées d'exclusion, d'intolérance, de racisme, de fascisme et d'agir pour enrayer cette progression… » Pas exactement ce qu'Elodie Lebourcq déclarait elle-même dans nos colonnes, le 04/12/2008, à l'occasion du changement de nom de « Ras l'front » en « Comité de lutte antifaciste » : « Nous voulons entrer dans un combat politique, tout en restant indépendants de partis politiques ».
Tout ceci serait secondaire, voire anecdotique, si depuis 2009, la mairie n'était pas associée à la « Semaine nationale d'éducation contre le racisme », comme l'annonçaient en chœur cette année-là Virginie Coez et Elodie Lebourcq, au titre du « collectif » associatif. Des associations dotées pour certaines par la mairie : Ex Aequo, 6.575 euros en 2009 ; Foyer Prince Ozanam 104.000 euros en 2009 ; le Théâtre à pattes 1.500 euros, ATMF - Association des Travailleurs Maghrébins de France 8.000 euros en 2009 et Radio Primitive 27.805 euros… la liste n'est pas exhaustive. Etant donné que cette année, la « Semaine nationale d'éducation contre le racisme », originellement imaginée par l'Education Nationale, tombait pile-poil sur les deux tours des cantonales, ses organisateurs se devaient de respecter une stricte neutralité politique. Or en s'exprimant dans l'union entre les deux tours, en tant que coordinatrice de cette manifestation, Elodie Lebourcq, dont les petits camarades disent eux-mêmes qu'elle n'avait pas « eu le temps de consulter l'ensemble des membres de l'ARCR… même si elle n'a jamais douté que ceux-ci ne peuvent que condamner un parti qui prône la discrimination, notamment à travers son célèbre slogan pour la préférence nationale », a utilisé cette tribune pour blablater au titre du Collectif de lutte antifasciste. Un amalgame pour le moins douteux. Car la démocratie et la République ne sont rien sans le respect du Droit, quand le fascisme débute par le mépris du droit, justement. Une leçon à méditer pour les apprentis justiciers qui voient des fascistes partout.
Philippe Le Claire l'union - l'ardennais - le mag du dimanche rubrique Satyricon






















